jeudi 9 juillet 2015

Construire des ponts

Des fois, il suffit de peu de choses.
Pour construire un pont.

Lorsque j'étais en Asie avec mes quatre enfants.
Mon pont vers les autres était ma maternité.
Les femmes me souriaient car elles reconnaissaient et voyaient, d'un seul regard, la mère en moi.
Complices, nous nous rejoignions car nous avions, toutes, porté la vie.
Membres de la même confrérie.
Nous savions.
Nous avions eu les mêmes douleurs et les mêmes bonheurs.
Réunies dans ces émotions universelles d'enfanter et de prendre, ensuite, soin de nos petits.

Les femmes regardaient mes enfants, me regardaient ensuite, leurs bébés dans leurs bras.
Devant moi, ces femmes écartaient leurs voiles pour dévoiler un bébé accroché à leur sein ou un enfant endormi dans leurs creux, dans leurs courbes.
Fières et confiantes car elles savaient que c'était un regard de mère que je porterais nécessairement.
Et, ce petit quelque chose qui passait et qui nous faisait toutes sourire.

Je ne voyage plus comme une mère.
Ma fille ici fait figure de femme et ce pont facile et naturel vers les autres n'existe plus.
C'est alors un autre chemin qu'il me faut trouver.

(...)

Taj Mahal.


Un gardien nous croise.
Il a les yeux clairs ce qui est rare pour un indien.
Je pointe les yeux de ma fille, je pointe les siens.
Il sourit, content que j'aie remarqué sa différence.

Il me dit que ses enfants ont la peau aussi claire que la mienne.
On rigole un peu en disant qu'il a du avoir un ancêtre qui s'est mélangé bien coquinement les gênes.

Il nous fait alors signe de le suivre en nous promettant quelques beautiful pictures.
Avec notre téléphone en mode caméra.
Il entre dans le Taj Mahal et nous laisse dehors.
Il se place derrière les dentelles de marbre et nous prend en photo à travers.
Il nous fait alors signe de le suivre pour prendre des photos à l'intérieur du batiment, ce qui est interdit.
Tout fier, il nous propose de prendre des photos à travers les frises.

En transgressant un interdit.
Vraiment pas les meilleures photos du monde entier.
Mais.

Il était content.

Nous étions contents.

Nous nous étions rejoints au milieu du pont.









Il y avait un trésor

Au début, c'était surtout pour éviter la foule des chauffeurs de rickshaws.
Sans doute, aussi, parce que nous étions un peu gênés de devoir commencer à marchander le prix des courses.
Ne sachant pas trop les tarifs et les codes, nous nous sommes alors tournés vers ce qui était le plus naturel pour nous, et avons spontanément marché en direction du métro.
Après tout, des millions de personnes le prennent tous les jours.
Pourquoi pas nous?

Peu de touristes dans les rues de Delhi et d'Agra.
C'est vrai que ce n'est pas vraiment la saison.
En juillet, en pleine mousson, l'Inde est chaude et humide.
Collante.
Poussièreuse.
Suante.


Peu de touristes, mais surtout peu, ou voire pas du tout, de touristes qui marchent.
Car, l'Inde ne se marche pas vraiment.
Les trottoirs n'existent pas et les rues sont pleines avec les voitures, les marchands de tout, les vendeurs de rien, les caniveaux pleins de déchets, les chiens errants, les vaches, les bicyclettes, les trous, les pavés manquants, les mendiants, les gens qui ont décidé qu'ils se couchaient drette là, les étalages de n'importe quoi qui existent sur terre.
Name it, et ça se trouve sur une rue de Delhi certain.
De toute manière, la marche est un loisir de riches et les trottoirs un luxe que l'on ne retrouve pas souvent dans les pays pauvres.

Peu d'arbres, peu d'ombre, peu de vent, le soleil plombe, la poussière monte à la gorge et les odeurs agressent les sens.
Marcher dans les rues devient alors un sport extrême.
Un chemin de croix.
Une idée étrange et presque burlesque dans un pays ou, en prime, se déplacer autrement qu'avec les pieds ne coûte rien ou si peu.
En Inde, il y a toujours quelqu'un, dans un certain moyen de transport, qui peut t'amener quelque part.

Come, tuk tuk very very cheap
On s'est fait regarder.
Stupéfaits.
Walking? really?


Rires. Les leurs.


Nothing to see in the streets.


Rires. Les notres.


Tout à voir dans les rues.

Nous sommes alors devenus des vedettes.
Parce que dans les ruelles d'Agra, nous détonnions.
Les enfants venaient en courant nous saluer.
Les gens se massaient à la fenêtre et nous criaient des hello sonores, tout contents lorsque nous levions les yeux pour les saluer.
Les gens, devant leurs maisons, se précipitaient à l'intérieur pour aller avertir le reste de la maisonnée de venir voir dehors.
Le spectacle étrange.
Dans leur monde où il n'y avait rien à voir, des étrangers osaient ouvrir vraiment les yeux pour croiser les leurs.

(...)

Nous l'avons suivie.
Elle revenait de l'école avec son uniforme à carreaux.
Elle nous a fait signe de venir avec elle.
En se retournant plusieurs fois.
Come, come.
Souriante.
Nous pensions qu'elle nous indiquait que la ruelle débouchait bel et bien mais c'était chez elle qu'elle se terminait.
On s'est retrouvés assis dans son salon, avec ses soeurs.
Des verres d'eau apportés sur un petit plateau.
Are you christian? fut la première question.

Et pour une fois, ça ne m'a pas trop dérangé de répondre que oui j'étais chrétienne (pardon à mes convictions).
Devant leurs sourires tout contents (peu de chrétiens à Agra) nous venions de créer un premier pont.


Et le reste a suivi.


Baragouinage en anglais de base, gestes, sourires.
Nous avons regardé les photos du mari ingénieur d'une des soeurs prises en vacances dans la neige de Manali.
Nous avons bu un Fanta après l'eau.
Nous avons demandé des mots en hindi.
Et nous avons pris des photos.


Dans cette petite cour intérieure d'une ruelle d'Agra.
Quelconque et insignifiante.
Il y avait un trésor.












mardi 7 juillet 2015

Et j'ai pleuré

Et j'ai pleuré
Parce que c'était juste trop beau de le voir.
Majestueux et presque solitaire dans ce jour qui avait tant de peine à se mettre au monde.
Grandiose sans arriver à être imposant.
Entouré de ce quelque chose que toutes les photos du monde ne peuvent transmettre.
Ce quelque chose qui nous rentre littéralement dedans jusqu'à nous souffler le coeur.


Et j'ai pleuré
Devant cet hymne à l'amour.
Cet hommage d'un homme à une femme qu'il avait tant aimé.
Devant cette envie si forte qu'il a eue de garder sa trace.
Devant cette urgence de chérir tendrement un souvenir et de contempler éternellement les miettes de ce qui avait été.
Devant les diverses routes que peut prendre l'amour, dans une vie.

Et j'ai pleuré
Parce que j'y étais.
Juste devant.
Et que, depuis que je suis toute petite, je ne faisais que le voir en photo.
Je ne faisait que le rêver.
Derrière tout ce blanc, c'était toute l'Inde qui me parlait.
C'était toute l'Inde qui m'appelait.
Comme un rendez-vous que l'on attend longtemps et qui arrive enfin.

Et j'ai pleuré
Parce que c'était trop en même temps.
Parce que ça débordait de partout en dedans.
Parce que je suis une grande romantique qui aime les symboles
Parce que l'amour c'est toujours plein de vie et que ça transcende bien des choses.
Et parce que même les adieux peuvent être magnifiques même s'ils sont déchirants.

Et j'ai séché mes larmes que peu voyaient.
J'ai placé dans une petite boite ces milliers d'émotions.
J'ai refermé le couvercle et j'ai rangé précieusement la boite avec les autres que je porte au coeur.
Je sais que de temps en temps, je la sortirai
Et que délicatement je l'ouvrirai pour me laisser doucement envahir par l'émotion qui est dedans.

Et que je pleurerai encore, simplement parce que c'était beau.
Et que j'y étais.

Entière.














lundi 6 juillet 2015

It's always tea time

On ne sait jamais à l'avance de quoi nos souvenirs seront faits.
On ne sait jamais ce qui restera fort et présent dans notre tête et ce qui deviendra, peu à peu, flou et vague.
On ne sait jamais ce qui s'inscrira et ce qui s'estompera.
Quelles sont les images que nous garderons?
Quelles sont les anecdotes que nous raconterons sans fin?
C'est uniquement au fil du temps que nous saurons véritablement ce qui s'est incrusté et ce qui a disparu.

J'espère tellement me souvenir de ce moment où nous avions envie d'un thé.
Envie de se poser dans un coin d'ordinaire et de quotidien.
Envie de se sentir appartenir à un moment tellement anodin.
Envie de se fondre dans la masse en répétant ce geste universel et routinier que celui de boire une tasse de thé.

It's always tea time.

(...)

Au croisement de deux ruelles.

Il nous a fait entrer dans son mètre cube.
Son univers tout entier qui y tenait.

Son "salon de thé".
Minuscule.
Sombre.
Encombré.
Émouvant.

Un banc pour deux et un siège sur lequel s'était déjà posé un homme.
Les cheveux blancs, mille rides comme autant de sillons qui lui creusaient l'expression.
Vieux, sec, noueux, édenté.
Un sourire immense, il était rayonnant.
Namasté, qu'il nous a salué en joignant ses mains.
Il avait l'air d'être tellement content de nous avoir pour voisins de thé.
Ses yeux pétillaient comme s'il se racontait inlassablement une sacré de bonne blague.

La première tasse fut pour lui.


Et son premier réflexe fut de nous présenter le paquet de biscuits qu'il avait dans les mains.
Des biscuits secs dans le genre social thé.
Naturellement
Ça ne s'invente pas.
Plus qu'une invitation, c'était une demande.
De manger avec lui, de partager, de recevoir.
Impossible de refuser, et c'est trois biscuits que nous avons finalement acceptés et trempés dans notre tasse.
En souriant avec lui.
De toutes nos dents.
C'était rien et c'était pourtant tout à la fois.

Le meilleur thé masala du monde? certainement pas.


Mais un moment unique qui nous a rempli dans cette universalité du bonheur de partager un bout de rien, une tasse de thé, un moment de vie.


Il est parti en remettant son sac de biscuits dans sa poche et en nous donnant cette impression que nous avions fait sa journée.

Savait-il qu'il avait fait la nôtre?

(...)

Gare de Delhi.


Train de 6 heures am en direction d'Agra.


Nous avions beau être prévenues, quand un gars qui semble être d'autorité te demande à voir ton billet.
Devant la police, juste avant le scanner à bagages.
Tu lui montres ton billet.


C'est de même, nous sommes spontanément obéissantes.


Naturellement, il trouve que ça ne marche pas ton affaire, entoure un truc sur ton papier, te baragouine comme quoi la mention "général" n'est pas bonne, que ça te prend une autre mention et nous envoie nous faire voir ailleurs, en l'occurence vers le guichet 61.

On n'efface pas des années de conditionnement nord-américain aussi facilement et c'est docilement que l'on se rend vers une direction quelconque et vaguement esquissée.


Cest lorsqu'un autre "man in charge" nous dit que le train ne passait pas ce matin, qu'il fallait prendre celui de 7 heures 15 en déboursant un montant en us dollars que je suis partie à rire.


De moi.


Me suis trouvée un peu torchonne.


Suis retournée voir le "préposé" à l'anarquage des touristes pour lui dire que j'allais me rendre pareil à la plateforme 1 même si mon billet n'était pas bon.


"Will see on the train " que je lui dis.

Na!
Naturellement, "on the train", tout était beau.

Mes amis qui êtes déjà venus en Inde, vous avez le droit de sourire.


(...)

J'adore le train.
Mon moyen de transport préféré.
Surtout en Asie.
C'est plein de vie, celle dans le train et celle qui défile par la fenêtre.
Ne plus trop savoir où regarder, dedans ou dehors.
Bidonvilles et misère en banlieue de Delhi, le long de la voie ferrée.
Le cœur qui se barricade un peu.
Verdure ensuite d'une campagne que l'on croyait presque improbable.
Rythme indolent et bruit de fond qui incite à la réflexion.
Sensation de ne faire qu'un avec les rails qui nous brasse le corps.
Le train incite à la méditation.

C'est plein de nourriture aussi.
S'il y a bien une chose en Inde qui n'est pas un problème, c'est vraiment de trouver à manger.
N'importe quand, partout, ça cuit, ça grille, ça frit, ça mange.
Quête quotidienne, préoccupation universelle, occupation essentielle.
Se nourrir.

Ce matin, dans le train, Catherine et moi avons joué à la dinette.

Définitivement, en Inde comme dans bien des ailleurs, it's always tea time!



 

dimanche 5 juillet 2015

Se faire attaquer les sens

Devenir sourde.

Aux demandes, aux salutations, aux interpellations.

Ne pas entendre les gens te héler, ignorer les "hi, where you come from", les nombreux "come here", les crèves-coeur "please madam" des enfants.
Et, les multiples "where are you going" des chauffeurs de rickshaws.

N'entendre que la musique des klaxons.
Pour éviter de se faire frapper.

Devenir aveugle.


Ne pas regarder les hommes dans les yeux.
Savoir très bien qu'ils te fixent, te dévisagent et qu'ils ne baisseront pas leur regard de braises, posé sur le tien.
Curieux.
Apprendre rapidement à éviter le contact visuel.
Regarder les mentons, fixer le dessus des têtes.
 

Ne voir que la beauté qui se dégage du chaos.
Et le sourire vrai des gens qui demandent timidement s'ils peuvent se prendre en photo avec les jeunes filles qui t'accompagnent.

Devenir imperméable.


Aux corps qui dorment dans la rue, aux enfants qui vendent des crayons, aux mendiants qui se trainent par terre.
Laisser notre sensibilité dans un quelconque placard, se cloisonner le coeur.
Se barricader pour ne pas ouvrir trop de brèches émotives.
Passer son chemin rapidement devant la misère.
Attendre à plus tard pour qu'elle te rentre solidement dedans.

En un jour, Delhi rend infirme.

En un jour, Delhi je t'aime.

(...)

Sortir de l'hotel c'est comme ouvrir la porte du four pour vérifier si la dinde est prête.


Il fait chaud et poussiéreux.
Le soleil est voilé mais puissant et les ruelles sombres sont tentantes pour la fraicheur relative qu'on y retrouve.
Et, pour le plaisir de s'y perdre dans cette certitude qu'on débouche de toute manière toujours quelque part.


Et, même si on se perdait...

C'est dans ces dédales que je bois mon premier thé indien du voyage.
Sourire de reconnaitre chez cet homme les mêmes gestes faits par des milliers d'autres.
Gestes que j'imagine millénaires et transmis de générations en générations sans trop savoir s'ils sont vraiment utiles.
Est-ce qu'en soulevant régulièrement le thé pour le faire s'aérer celui-ci est vraiment meilleur?


J'aime à croire que oui.
De toute manière, c'est beau.

Se dire qu'on a vraiment été indienne dans une autre vie.
Ou qu'on le sera possiblement dans une prochaine.
Trouver que même la saleté est belle et émouvante.


Delhi est une poubelle à ciel ouvert et malgré cela, nous sommes incapables de jeter des trucs par terre.


Delhi est une ville qui semble se remettre péniblement d'une guerre.
Celle de la survivance.

Cette impression d'être dans une séance intense et sans fin de yoga chaud.
Boire sans limite et suer tout autant.
Et tous ces hommes en jeans et en chemise manches longues.
Et ces femmes couvertes.
Et ces vendeurs devant leur brasero.
Et cette femme qui repasse avec un vieux fer en fonte chauffé au charbon de bois.
Et ces hommes qui pédalent.
Efforts et sueur dans un climat hostile.

Prendre le métro.
Constater que le wagon de tête est réservée uniquement aux femmes.
Trouver ça questionnant et troublant d'avoir eu la nécessité de créer ce wagon.
Se demander d'ailleurs où sont les femmes.
Delhi semble être une ville d'hommes.

Delhi est une fourmillière attaquée par des termites.
Trouver que ça sent bon souvent et que ça pue intensément aussi souvent.

Fascinée et séduite par la faculté d'adaptation des gens ici.
Admirative parce que tout ce désordre fini par faire un certain sens.
Celui de la vie.

Ne pas vouloir être ailleurs.
Pas maintenant
Pas tout de suite.

Delhi je t'aime car ton agitation m'apaise.

Delhi je t'aime parce que tu es toute croche.

Imparfaite.





.










vendredi 3 juillet 2015

Tchin

Et j'ai commencé à déstresser, assise, à la porte A53.
Une tonne de plomb de moins sur mes épaules, je n'avais plus rien à faire, plus rien à prévoir.
Les dés étaient jetés.
Je ne pouvais qu'être.

J'ai respiré, enfin.
Et j'ai senti le plaisir monter.
Celui d'être là.
Avec ma fille.
D'attendre l'avion.
De retrouver les gestes familliers.
De retourner dans ma peau de voyageuse.
Avec simplicité.

Me suis trouvée folle.
Totalement.

J'ai ri.

(...)

Retourner en Asie.
Catherine et moi on se pince et on trépigne.

Remémoration de tant de souvenirs, tous encore si présents et si forts.
Nous pétillons par en-dedans à l'idée de reboire du vrai thé tchai, de remanger des momos, de regouter de la tsempa, de retrouver le chaos.

Nous savons ce que l'Asie fait à l'intérieur.

Ce choc, ces regards qui nous transforment, ces odeurs qui nous hantent, ces impressions qui s'inscrivent si profondément que l'on n'en revient jamais totalement.

Nous savons que nous serons différentes au retour.

Imprégnées.

Marquées.

Peu importe le tatouage.
Il sera indébilement là.

(...)

Dans l'avion, j'ai pensé à ma copine Mélanie qui m'a fait promettre, avant de partir, de ne pas peser en bas de 127 livres à mon retour.

"Offre-toi une gaterie par jour, mon amie" qu'elle m'a dit en me serrant très fort dans ses bras.

Alors, quand l'agent de bord m'a demandé "du champagne, madame?"
J'ai répondu " très certainement" sans aucune hésitation.

Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on s'en va en Inde.

T'chin!






mercredi 1 juillet 2015

Accepter le chaos

J'ai longtemps eu comme compagnon de voyage un homme organisé, structuré, cartésien et capable de jongler joliment avec les trajets, les transports et les réservations.

En quelques coups de clic, l'hébergement était trouvé, le bon resto du coin déniché et le meilleur moyen de s'y rendre, logiquement planifié.

En quelques manipulations, l'internet arrivait sur les ordinateurs, les sites bloqués étaient débloqués, l'argent était géré, les paiements faits et le budget balançait.

Pendant que tout cela semblait magiquement se faire, moi je m'occupais des enfants, j'équilibrais le moral des troupes et je parlais avec les gens. Il était la tête, j'étais le coeur.

À chacun sa spécialité, ça roulait rondement.

J'ai tenté de planifier mon voyage en Inde en adoptant son approche efficace et organisée qui avait si bien fait ses preuves.

Et, je suis me suis vite rendue compte que ce n'était pas moi du tout.

Que j'en étais incapable.

Que mon cerveau ne marchait pas comme ça, que ça ne m'intéressait même pas trop de le faire fonctionner de cette manière.

Je me suis rendue compte que je ne pourrai pas être en mesure d'aider le chauffeur de rickshaw à trouver l’hôtel, que je ne saurai pas où me diriger en tout temps, que le plan du métro ne sera pas greffé dans ma tête, que je n'aurai pas l'air de connaitre la ville comme le fond de ma poche et même pas proche du fond de ma poche, au fait.

Je me suis rendue compte que j'aurai l'air sans aucun doute un peu touriste, que mes pas ne seront pas toujours déterminés, que je vais nécessairement avoir chaud bien plus que nécessaire.

Oh, well!

Je ne sais pas ce que cela va donner une fois sur place, mais j'ai arrêté, aujourd'hui, de ressentir un souci de performance et de chercher avec angoisse à atteindre un idéal.

Je suis moi, un peu brouillonne, un peu bohème, un peu naive, un peu désorganisée, un peu toute croche.

J'accepte à l'avance de perdre du temps à gosser pour trouver ce que je cherche, j'accepte de me tromper, de me faire sans doute un peu avoir, de devoir rebrousser chemin, de prendre des routes inutiles, de manger un peu moins bien, de passer à côté de choses à voir ou à faire, d'attendre en vain un autobus qui ne passera jamais.

J'accepte les détours, les hotels complets, les restaurants fermés, les nombreuses fois où je me dirais que j'aurais mieux fait de bien lire le guide. 
J'accepte même de me trouver un peu poche et de me dire que la prochaine fois, je ferai mieux.
J'accepte définitivement que ce soit incomplet de temps en temps, improvisé un peu, flou souvent et de ne pas me sentir vraiment prête.

De toute manière, il parait que personne n'est jamais vraiment prêt pour l'Inde.