mardi 7 juillet 2015

Et j'ai pleuré

Et j'ai pleuré
Parce que c'était juste trop beau de le voir.
Majestueux et presque solitaire dans ce jour qui avait tant de peine à se mettre au monde.
Grandiose sans arriver à être imposant.
Entouré de ce quelque chose que toutes les photos du monde ne peuvent transmettre.
Ce quelque chose qui nous rentre littéralement dedans jusqu'à nous souffler le coeur.


Et j'ai pleuré
Devant cet hymne à l'amour.
Cet hommage d'un homme à une femme qu'il avait tant aimé.
Devant cette envie si forte qu'il a eue de garder sa trace.
Devant cette urgence de chérir tendrement un souvenir et de contempler éternellement les miettes de ce qui avait été.
Devant les diverses routes que peut prendre l'amour, dans une vie.

Et j'ai pleuré
Parce que j'y étais.
Juste devant.
Et que, depuis que je suis toute petite, je ne faisais que le voir en photo.
Je ne faisait que le rêver.
Derrière tout ce blanc, c'était toute l'Inde qui me parlait.
C'était toute l'Inde qui m'appelait.
Comme un rendez-vous que l'on attend longtemps et qui arrive enfin.

Et j'ai pleuré
Parce que c'était trop en même temps.
Parce que ça débordait de partout en dedans.
Parce que je suis une grande romantique qui aime les symboles
Parce que l'amour c'est toujours plein de vie et que ça transcende bien des choses.
Et parce que même les adieux peuvent être magnifiques même s'ils sont déchirants.

Et j'ai séché mes larmes que peu voyaient.
J'ai placé dans une petite boite ces milliers d'émotions.
J'ai refermé le couvercle et j'ai rangé précieusement la boite avec les autres que je porte au coeur.
Je sais que de temps en temps, je la sortirai
Et que délicatement je l'ouvrirai pour me laisser doucement envahir par l'émotion qui est dedans.

Et que je pleurerai encore, simplement parce que c'était beau.
Et que j'y étais.

Entière.














lundi 6 juillet 2015

It's always tea time

On ne sait jamais à l'avance de quoi nos souvenirs seront faits.
On ne sait jamais ce qui restera fort et présent dans notre tête et ce qui deviendra, peu à peu, flou et vague.
On ne sait jamais ce qui s'inscrira et ce qui s'estompera.
Quelles sont les images que nous garderons?
Quelles sont les anecdotes que nous raconterons sans fin?
C'est uniquement au fil du temps que nous saurons véritablement ce qui s'est incrusté et ce qui a disparu.

J'espère tellement me souvenir de ce moment où nous avions envie d'un thé.
Envie de se poser dans un coin d'ordinaire et de quotidien.
Envie de se sentir appartenir à un moment tellement anodin.
Envie de se fondre dans la masse en répétant ce geste universel et routinier que celui de boire une tasse de thé.

It's always tea time.

(...)

Au croisement de deux ruelles.

Il nous a fait entrer dans son mètre cube.
Son univers tout entier qui y tenait.

Son "salon de thé".
Minuscule.
Sombre.
Encombré.
Émouvant.

Un banc pour deux et un siège sur lequel s'était déjà posé un homme.
Les cheveux blancs, mille rides comme autant de sillons qui lui creusaient l'expression.
Vieux, sec, noueux, édenté.
Un sourire immense, il était rayonnant.
Namasté, qu'il nous a salué en joignant ses mains.
Il avait l'air d'être tellement content de nous avoir pour voisins de thé.
Ses yeux pétillaient comme s'il se racontait inlassablement une sacré de bonne blague.

La première tasse fut pour lui.


Et son premier réflexe fut de nous présenter le paquet de biscuits qu'il avait dans les mains.
Des biscuits secs dans le genre social thé.
Naturellement
Ça ne s'invente pas.
Plus qu'une invitation, c'était une demande.
De manger avec lui, de partager, de recevoir.
Impossible de refuser, et c'est trois biscuits que nous avons finalement acceptés et trempés dans notre tasse.
En souriant avec lui.
De toutes nos dents.
C'était rien et c'était pourtant tout à la fois.

Le meilleur thé masala du monde? certainement pas.


Mais un moment unique qui nous a rempli dans cette universalité du bonheur de partager un bout de rien, une tasse de thé, un moment de vie.


Il est parti en remettant son sac de biscuits dans sa poche et en nous donnant cette impression que nous avions fait sa journée.

Savait-il qu'il avait fait la nôtre?

(...)

Gare de Delhi.


Train de 6 heures am en direction d'Agra.


Nous avions beau être prévenues, quand un gars qui semble être d'autorité te demande à voir ton billet.
Devant la police, juste avant le scanner à bagages.
Tu lui montres ton billet.


C'est de même, nous sommes spontanément obéissantes.


Naturellement, il trouve que ça ne marche pas ton affaire, entoure un truc sur ton papier, te baragouine comme quoi la mention "général" n'est pas bonne, que ça te prend une autre mention et nous envoie nous faire voir ailleurs, en l'occurence vers le guichet 61.

On n'efface pas des années de conditionnement nord-américain aussi facilement et c'est docilement que l'on se rend vers une direction quelconque et vaguement esquissée.


Cest lorsqu'un autre "man in charge" nous dit que le train ne passait pas ce matin, qu'il fallait prendre celui de 7 heures 15 en déboursant un montant en us dollars que je suis partie à rire.


De moi.


Me suis trouvée un peu torchonne.


Suis retournée voir le "préposé" à l'anarquage des touristes pour lui dire que j'allais me rendre pareil à la plateforme 1 même si mon billet n'était pas bon.


"Will see on the train " que je lui dis.

Na!
Naturellement, "on the train", tout était beau.

Mes amis qui êtes déjà venus en Inde, vous avez le droit de sourire.


(...)

J'adore le train.
Mon moyen de transport préféré.
Surtout en Asie.
C'est plein de vie, celle dans le train et celle qui défile par la fenêtre.
Ne plus trop savoir où regarder, dedans ou dehors.
Bidonvilles et misère en banlieue de Delhi, le long de la voie ferrée.
Le cœur qui se barricade un peu.
Verdure ensuite d'une campagne que l'on croyait presque improbable.
Rythme indolent et bruit de fond qui incite à la réflexion.
Sensation de ne faire qu'un avec les rails qui nous brasse le corps.
Le train incite à la méditation.

C'est plein de nourriture aussi.
S'il y a bien une chose en Inde qui n'est pas un problème, c'est vraiment de trouver à manger.
N'importe quand, partout, ça cuit, ça grille, ça frit, ça mange.
Quête quotidienne, préoccupation universelle, occupation essentielle.
Se nourrir.

Ce matin, dans le train, Catherine et moi avons joué à la dinette.

Définitivement, en Inde comme dans bien des ailleurs, it's always tea time!



 

dimanche 5 juillet 2015

Se faire attaquer les sens

Devenir sourde.

Aux demandes, aux salutations, aux interpellations.

Ne pas entendre les gens te héler, ignorer les "hi, where you come from", les nombreux "come here", les crèves-coeur "please madam" des enfants.
Et, les multiples "where are you going" des chauffeurs de rickshaws.

N'entendre que la musique des klaxons.
Pour éviter de se faire frapper.

Devenir aveugle.


Ne pas regarder les hommes dans les yeux.
Savoir très bien qu'ils te fixent, te dévisagent et qu'ils ne baisseront pas leur regard de braises, posé sur le tien.
Curieux.
Apprendre rapidement à éviter le contact visuel.
Regarder les mentons, fixer le dessus des têtes.
 

Ne voir que la beauté qui se dégage du chaos.
Et le sourire vrai des gens qui demandent timidement s'ils peuvent se prendre en photo avec les jeunes filles qui t'accompagnent.

Devenir imperméable.


Aux corps qui dorment dans la rue, aux enfants qui vendent des crayons, aux mendiants qui se trainent par terre.
Laisser notre sensibilité dans un quelconque placard, se cloisonner le coeur.
Se barricader pour ne pas ouvrir trop de brèches émotives.
Passer son chemin rapidement devant la misère.
Attendre à plus tard pour qu'elle te rentre solidement dedans.

En un jour, Delhi rend infirme.

En un jour, Delhi je t'aime.

(...)

Sortir de l'hotel c'est comme ouvrir la porte du four pour vérifier si la dinde est prête.


Il fait chaud et poussiéreux.
Le soleil est voilé mais puissant et les ruelles sombres sont tentantes pour la fraicheur relative qu'on y retrouve.
Et, pour le plaisir de s'y perdre dans cette certitude qu'on débouche de toute manière toujours quelque part.


Et, même si on se perdait...

C'est dans ces dédales que je bois mon premier thé indien du voyage.
Sourire de reconnaitre chez cet homme les mêmes gestes faits par des milliers d'autres.
Gestes que j'imagine millénaires et transmis de générations en générations sans trop savoir s'ils sont vraiment utiles.
Est-ce qu'en soulevant régulièrement le thé pour le faire s'aérer celui-ci est vraiment meilleur?


J'aime à croire que oui.
De toute manière, c'est beau.

Se dire qu'on a vraiment été indienne dans une autre vie.
Ou qu'on le sera possiblement dans une prochaine.
Trouver que même la saleté est belle et émouvante.


Delhi est une poubelle à ciel ouvert et malgré cela, nous sommes incapables de jeter des trucs par terre.


Delhi est une ville qui semble se remettre péniblement d'une guerre.
Celle de la survivance.

Cette impression d'être dans une séance intense et sans fin de yoga chaud.
Boire sans limite et suer tout autant.
Et tous ces hommes en jeans et en chemise manches longues.
Et ces femmes couvertes.
Et ces vendeurs devant leur brasero.
Et cette femme qui repasse avec un vieux fer en fonte chauffé au charbon de bois.
Et ces hommes qui pédalent.
Efforts et sueur dans un climat hostile.

Prendre le métro.
Constater que le wagon de tête est réservée uniquement aux femmes.
Trouver ça questionnant et troublant d'avoir eu la nécessité de créer ce wagon.
Se demander d'ailleurs où sont les femmes.
Delhi semble être une ville d'hommes.

Delhi est une fourmillière attaquée par des termites.
Trouver que ça sent bon souvent et que ça pue intensément aussi souvent.

Fascinée et séduite par la faculté d'adaptation des gens ici.
Admirative parce que tout ce désordre fini par faire un certain sens.
Celui de la vie.

Ne pas vouloir être ailleurs.
Pas maintenant
Pas tout de suite.

Delhi je t'aime car ton agitation m'apaise.

Delhi je t'aime parce que tu es toute croche.

Imparfaite.





.










vendredi 3 juillet 2015

Tchin

Et j'ai commencé à déstresser, assise, à la porte A53.
Une tonne de plomb de moins sur mes épaules, je n'avais plus rien à faire, plus rien à prévoir.
Les dés étaient jetés.
Je ne pouvais qu'être.

J'ai respiré, enfin.
Et j'ai senti le plaisir monter.
Celui d'être là.
Avec ma fille.
D'attendre l'avion.
De retrouver les gestes familliers.
De retourner dans ma peau de voyageuse.
Avec simplicité.

Me suis trouvée folle.
Totalement.

J'ai ri.

(...)

Retourner en Asie.
Catherine et moi on se pince et on trépigne.

Remémoration de tant de souvenirs, tous encore si présents et si forts.
Nous pétillons par en-dedans à l'idée de reboire du vrai thé tchai, de remanger des momos, de regouter de la tsempa, de retrouver le chaos.

Nous savons ce que l'Asie fait à l'intérieur.

Ce choc, ces regards qui nous transforment, ces odeurs qui nous hantent, ces impressions qui s'inscrivent si profondément que l'on n'en revient jamais totalement.

Nous savons que nous serons différentes au retour.

Imprégnées.

Marquées.

Peu importe le tatouage.
Il sera indébilement là.

(...)

Dans l'avion, j'ai pensé à ma copine Mélanie qui m'a fait promettre, avant de partir, de ne pas peser en bas de 127 livres à mon retour.

"Offre-toi une gaterie par jour, mon amie" qu'elle m'a dit en me serrant très fort dans ses bras.

Alors, quand l'agent de bord m'a demandé "du champagne, madame?"
J'ai répondu " très certainement" sans aucune hésitation.

Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on s'en va en Inde.

T'chin!






mercredi 1 juillet 2015

Accepter le chaos

J'ai longtemps eu comme compagnon de voyage un homme organisé, structuré, cartésien et capable de jongler joliment avec les trajets, les transports et les réservations.

En quelques coups de clic, l'hébergement était trouvé, le bon resto du coin déniché et le meilleur moyen de s'y rendre, logiquement planifié.

En quelques manipulations, l'internet arrivait sur les ordinateurs, les sites bloqués étaient débloqués, l'argent était géré, les paiements faits et le budget balançait.

Pendant que tout cela semblait magiquement se faire, moi je m'occupais des enfants, j'équilibrais le moral des troupes et je parlais avec les gens. Il était la tête, j'étais le coeur.

À chacun sa spécialité, ça roulait rondement.

J'ai tenté de planifier mon voyage en Inde en adoptant son approche efficace et organisée qui avait si bien fait ses preuves.

Et, je suis me suis vite rendue compte que ce n'était pas moi du tout.

Que j'en étais incapable.

Que mon cerveau ne marchait pas comme ça, que ça ne m'intéressait même pas trop de le faire fonctionner de cette manière.

Je me suis rendue compte que je ne pourrai pas être en mesure d'aider le chauffeur de rickshaw à trouver l’hôtel, que je ne saurai pas où me diriger en tout temps, que le plan du métro ne sera pas greffé dans ma tête, que je n'aurai pas l'air de connaitre la ville comme le fond de ma poche et même pas proche du fond de ma poche, au fait.

Je me suis rendue compte que j'aurai l'air sans aucun doute un peu touriste, que mes pas ne seront pas toujours déterminés, que je vais nécessairement avoir chaud bien plus que nécessaire.

Oh, well!

Je ne sais pas ce que cela va donner une fois sur place, mais j'ai arrêté, aujourd'hui, de ressentir un souci de performance et de chercher avec angoisse à atteindre un idéal.

Je suis moi, un peu brouillonne, un peu bohème, un peu naive, un peu désorganisée, un peu toute croche.

J'accepte à l'avance de perdre du temps à gosser pour trouver ce que je cherche, j'accepte de me tromper, de me faire sans doute un peu avoir, de devoir rebrousser chemin, de prendre des routes inutiles, de manger un peu moins bien, de passer à côté de choses à voir ou à faire, d'attendre en vain un autobus qui ne passera jamais.

J'accepte les détours, les hotels complets, les restaurants fermés, les nombreuses fois où je me dirais que j'aurais mieux fait de bien lire le guide. 
J'accepte même de me trouver un peu poche et de me dire que la prochaine fois, je ferai mieux.
J'accepte définitivement que ce soit incomplet de temps en temps, improvisé un peu, flou souvent et de ne pas me sentir vraiment prête.

De toute manière, il parait que personne n'est jamais vraiment prêt pour l'Inde.




vendredi 19 juin 2015

Faire son sac



Les pèlerins sur le chemin de Compostelle disent que le poids de notre sac c'est, en quelque sorte, le poids de nos peurs et que nous trainons sur notre dos tout le fardeau de ce qui nous effraye le plus. 

Peur d'avoir froid, peur du noir, peur d'avoir faim, peur de manquer de vêtements propres, peur de s'ennuyer, peur de se perdre, peur de porter toujours la même chose, peur de ne pas tout prévoir, peur de ne pas tout avoir.

Je pense à ça à chaque fois que je commence à paqueter mes bagages.

Je ne veux tellement pas porter mes peurs.

Je refuse.

Je rêve de ne voyager qu'avec une brosse à dent et un kit de rechange. 
Je rêve de me contenter de peu. 
Je rêve de ne plus prévoir toutes les situations possibles. 
Je rêve de ne plus me dire "juste au cas" pour ce cas qui n'arrive jamais. 
Je rêve de faire confiance.

Je fais mon sac en tentant de me rappeler l'Asie. En me souvenant que nous portions peu et que nous avions, surtout, besoin de peu. 

Vraiment peu. 

Nous sommes revenus avec le tiers de ce que nous avions au début. Plus léger, plus mobile, plus simple.

Je fais mon sac en domptant ma tête. 

En me souvenant aussi que c'est mon dos qui porte, mes jambes qui supportent, que je vais être en altitude, que je vais être seule, que je ne veux pas m'encombrer.

Je fais mon sac en me rappelant que finalement rien n'est vraiment essentiel, que le bonheur ne réside pas dans ce qu'on apporte ou dans ce qu'on oublie. 

Je fais mon sac comme un exercice de lâcher prise, comme un acte de foi envers moi-même.

Je fais mon sac comme mon premier défi.

Celui de me faire confiance.

Mon sac, vide pour l'instant...

vendredi 5 juin 2015

Dans un mois

Dans un mois, je serai en Inde.



Ce devait être, à l'origine, un voyage en quatuor dans cette Inde mythique qui m'attire tant depuis que je suis petite.
Circonstances obligent, ce sera finalement un voyage en duo, ma fille et moi.



L'objectif c'est le Ladakh, le nord, les montagnes. 

Retrouver un peu de cette ambiance himalayenne que nous avions effleurée lors de notre mois au Népal, en 2012, et qui demeure, encore maintenant, un souvenir tellement fort et indélébile.
Un coup de coeur.
Un coup au coeur.



Ma fille et moi, nous sommes népalaises, nous l'avions déjà décidé il y a trois ans.



Marcher et se sentir si petite, dépassée par les sommets.

Marcher et se sentir si viscéralement connecté avec l'humain en nous. Refaire ce geste millénaire de mettre un pas devant l'autre.
Inlassablement. 
Suivre des traces.

N'avoir que ses jambes et un sac.
Se sentir nomade et libre.

Marcher surtout avec sa tête et aller au bout de soi, physiquement et mentalement.



Dire que je ne suis pas stressée serait vraiment mentir. 

Je suis full énervée, comme dirait mes enfants, et j'ai peur autant que j'ai hâte. 

L'Inde ce n'est tout de même pas la Gaspésie. 

Même en groupe ce n'est jamais un voyage facile, même pour les voyageurs d'expérience c'est un défi, même pour les indiens ce n'est pas si simple…



Glurp.



Je sais que ce ne sera pas de la tarte. 

C'est, selon mon ex-mari, semblable à rien de ce que l'on a pu connaitre ou voir ou visiter avant.
Rien.

Je suis prévenue.
 

Sollicitation constante qui demandera d'être sur mes gardes et en hyper vigilance, tout le temps.

Je sais que ce sera chaud le temps que je vais être à Delhi. 

Je sais que je suis une femme (duh) et ma fille une belle adolescente (duh encore). 

Je sais que c'est pauvre. 

Je sais que c'est dense.

Je sais que c'est bordélique.

Je sais. 

Je sais. 

Je sais.



Mais, je suis une fille de défi (oui, il est de taille…je le sais aussi!)


Et, j'ai besoin de partir seule.
De me définir sans un autre.



De trouver mes limites, de les atteindre, de les franchir ou de les admettre.
De faire mes choix.



J'ai hâte, surtout.

De vivre cette expérience avec ma fille qui me ressemble tant. 

Dans mes peurs, il n'y a pas du tout celle de ne pas m'entendre avec cette adolescente si ouverte sur le monde et si authentique. 

Notre relation est faite de complicités, de rires et de transparence. 

On ne s'enfarge jamais, on ne s'accroche que rarement.

Nous avons hâte d'être nous.
De nous avoir juste l'une pour l'autre.
De nous construire ces souvenirs. 




Je sais aussi que je vais trouver des gens sur ma route.

Parce que je suis comme ça et que je vais en avoir besoin.



(…)



Hier, j'ai ouvert mon armoire.



J'ai ressorti mon vieux pantalon qui m'a accompagné pendant un an, sur les routes les plus débridées.

Un pantalon de marche, usé, délavé, tout croche, avec la patine de tonnes de poussières de bord de route, imprégné de toute la sueur du monde. 

Et, je l'ai renfilé. 

Et, j'ai souri.

Bouffée de quelque chose de chaud au creux du ventre.

Le retour d'un vieil ami. 


Ma fille et moi...