mercredi 29 juillet 2015

Tant qu'il y aura des étoiles

C'est une belle histoire.
Impossible de ne pas avoir envie de la raconter.
Un peu.
Sans doute la plus belle histoire de tout le voyage.



(...)

Catherine et Sailesh.
Le plus mignon serveur ladakhi de tout Leh.
Je le confirme.
Il est chou.


Vraiment.

Au fait, il n'est pas du Ladakh, il vient du Darjeling.
21 ans.
Réservé.
Sourire timide.
L'été à Leh, l'hiver à Goa.
Il dégage du doux.

Tellement.

Impossible de ne pas l'aimer.

Vraiment.

(...)

Comme Leh est notre centre autour duquel nous rayonnons, nous revenons souvent manger ou prendre un thé au même restaurant.
Le Mentokling.
Les serveurs sont sympathiques, la cour est ombragée et il y a de l'internet, quand l'internet fonctionne.
Et, il y a Sailesh.
Qui un soir a chanté pendant que son ami népalais jouait de la guitare.
Mais, il était chou bien avant ça.


(...)

Je ne sais pas trop comment cela a commencé.
Sans doute par une série de regards qu'ils étaient les seuls à voir.
Mais, tranquillement il est venu s'assoir avec les jeunes.
Et, ensuite, seulement avec Catherine.           
Quand je n'y étais pas.
Je l'intimidais un peu, faut croire.

Je me suis donc arrangée pour aller me faire voir ailleurs, un peu.
Consciente que l'histoire s'écrirait bien toute seule.
Et qu'elle avait déja tout ce qu'il fallait pour être magnifique.

La plus belle histoire de tout le voyage pour vrai de vrai.
Comme seules les histoires d'amour naissant peuvent être belles.

Si unique et si tellement semblable à toutes.

Comme dans un film, dira Catherine.

Comme dans toutes les chansons d'amour du monde.
Comme dans les rêves.
Comme on s'en souhaite de vivre, une ou plusieurs fois dans une vie.
Indéfiniment.

L'amour.

C'était beau.
Dans cette émotion si émouvante des toutes premières fois.
Les premiers regards, le premier toucher, le premier baiser.
La première certitude qu'un petit quelque chose de différent se passe.
Ce transportement vers un autre.
Ce courant indescriptible entre deux personnes.


Et notre coeur qui manque un battement.
Ou deux.


(...)


Et, il est venu la ramener un soir à la "maison".

Les yeux pétillants de ma fille en entrant dans la chambre m'ont émue.

"Maman, il est tellement parfait"

Oui, ma chérie.
Il est parfait.
Et tu l'es aussi.
Le sais-tu?

(...)


Et, je me suis tellement reconnue dans tes yeux remplis de rêves.
L'espace d'un moment.
Dans cet amour qui transcende, sans frontière, sans expiration, sans âge.
Tes yeux étaient semblables aux miens, semblables aux yeux de tous les gens qui croisent, un jour, un autre regard dans lequel se mirer.

Aimer, c'est merveilleux.
Tout le temps.
Tellement.

Je te voyais, frémissante, et ça me faisait sourire.
Je me sentais choyée d'être là.
Avec toi.

Et j'ai aussi souri car je sais.


Je sais que ce n'est que la première fois.
Et que tu revivras encore et encore ce pétillement, ce retournement des sens, ces élancements de coeur et de corps vers un autre.
Que tu te recouchera encore et encore en imaginant un regard, un visage, un sourire.
Que tu aimeras à nouveau une odeur, une douceur de peau, une main dans la tienne.


Et qu'ils seront tous aussi parfaits.

L'espace d'un moment.

(...)


Et il y a eu le dernier soir.
Avec les mots et les moments qui ne peuvent que leur appartenir et qui ne sont qu'aux amoureux qui partagent la même histoire.
Et qui ne se racontent pas.
Ou enfin pas par moi.

Un trésor à chérir et à garder jalousement pour soi.

Et il y a eu ce dernier matin.
Où tout le monde qui les voyait ne pouvait qu'être touché.
Profondément.
Ils étaient si beaux, si jeunes, si parfaits.
Sur ce bord de route en train de retarder le moment de se dire au revoir.
Parce qu'ils savaient très bien que c'était se dire adieu.


Et sentir la peau de l'autre pour la dernière fois, la douceur de sa main que l'on quitte, le regard qui n'a pas envie de se détacher.
Et la voiture qui s'éloigne.
Emportant cette belle histoire avec elle.


Ce magnifique souvenir de voyage.

(...)

Est-ce que tu sais Sailesh que le Ladakh aura, pour Catherine, la douceur de tes yeux?
Que son premier baiser de femme aura la saveur de tes lèvres?
Et que tu resteras éternellement parfait?

Je t'ai remercié en partant.
Pour tout ça.







"Feel the curves, don't hug them"

La vallée de la Nubra

Nous sommes partis à 4 avec Gompa notre chauffeur.
Un tout petit monsieur tout ridé et tout maigre qui ne parlait pas trois mots d'anglais mais qui riait tout le temps.
4 personnes dans une genre de van beige à la suspension usée depuis des lustres.
Direction, la vallée de la Nubra.
Pas loin, pas loin, à peine 125 kilomètres de Leh.
6 heures pour se rendre.
Nous y resterons une nuit avant de refaire le trajet en sens inverse.
Avec le passage de plus haut col carossable au monde à 5600 mètres.
Sur une route hallucinante.

Nous sommes au coeur de l'Himalaya, c'est difficile de ne pas trouver le paysage totalement hallucinant.
Tout le temps.
Ici, on n'arrête pas d'halluciner.
Mais, ce qui est le plus hallucinant c'est surtout la route en elle-même.
Sans doute la route la plus débile que j'ai jamais prise de ma vie.
6 heures à se tenir après la poignée ou après le plafond ou après le banc, à faire attention de ne pas se fracturer le crane sur la vitre, à tenter de ne pas rouler sur son voisin et à surtout, surtout, à ne pas trop regarder par en bas.
6 heures à remettre sa vie dans les mains de Gompa et à éviter de se demander à quand remontait le dernier check-up des freins et de la direction.
Au fait, cette route, ce n'est pas une route, c'est une aventure en soi.

Honnêtement, je ne comprends vraiment pas que le gouvernement (ou le je-sais-quoi du Ladakh) n'ait pas décidé de fermer ce passage pour cause de danger pour la sécurité publique.
Ou pour hécatombes trop fréquentes.
Ou pour faire baisser leur ration de morts sur les routes.
Interdire surtout cette route pour les gens qui, comme nous, ne font que l'utiliser pour se ballader et pas pour aller porter des médicaments ou des vivres de première nécessité à une population isolée.

Se ballader!
Faut vraiment aimer la ballade version extrême pour se risquer sur cette voie.
Étroite et cahotante.
Avec des passages inexistants ou presque.
Des torrents à franchir devant lesquels les voitures font la file, hésitantes, avant de s'y risquer une par une.
Des camions à dépasser (enfin que Gompa voulait à tout prix dépasser).
Des rochers en plein milieu.
Des nids de poules titanesques.
Des pelles mécaniques qui refont des segments détruits et derrières lesquelles il faut attendre que la route se fasse.
Des tournants.
Rien que ça des tournants.
Et le klaxon comme unique assurance vie.

Fallait vraiment avoir envie d'aller zieuter du côté de la Nubra pour se taper ça.
Enfin.
Le chemin étant souvent aussi intéressant que la destination.
Je sais que je me souviendrais sans doute plus longtemps de la route que de la vallée voisine.

Et puis, boire un thé à 5600 mètres.
Le meilleur thé du monde entier.
Cardamone et sucre.
Les pieds dans la neige.
Avec cette impression d'observer le monde de haut.
Ça n'a pas de prix.

(...)

La Nubra est surtout réputée pour ses dunes de sables.
Et ses promenades en chameau que l'on peut y faire.
Très grosse attraction pour les touristes indiens.
Très.

Paysage qui différe de ce que nous avions déjà vu.
On sent encore plus l'isolement des quelques maisons ou villages que nous croisons.
Il n'y a personne.
Ou si tellement peu.
C'est à se demander pourquoi il y a une route.

Nous sommes allés nous promener un peu sur les dunes de sables, en arrivant en fin de journée.
Le vent s'est levé.
Ça s'est mis à grinçer sous les dents.

(...)

C'est le lendemain matin que nous avons décidé de faire le tour de chameau.
Touristique, certes, mais c'est pas mal ce que nous sommes finalement.
Des touristes.
Et, il y a pire place pour faire du chameau pour la première fois que la vallée de la Nubra.
Avec l'Himalaya en trame de fond.
Tout de même.

Et...
C'était exactement comme nous pensions que cela serait.
Mais, ce qui était le plus le fun, c'était surtout de voir la face de Gompa, notre chauffeur, sur un chameau.
Comme il nous attendait pendant le tour, nous lui avons proposé (par l'entremise du chamelier qui parlait anglais) de faire la ballade avec nous.
Il a commencé par refuser en riant mais, nous avons insisté.
C'était la première fois de sa vie qu'il faisait la ride, après avoir sans doute vu des tas de touristes la faire devant lui.
Touchant pour vrai, c'était sans doute le plus beau 7$ investi de toute ma vie.
Il a demandé au jeune qui menait les bêtes de nous prendre en photo, a regardé le résultat tout sourire et nous a fait comprendre qu'il aimerait bien avoir le cliché...par l'entremise de l'agence.

Nous sommes restés un peu sur les dunes.
Pour le plaisir du sable chaud sous les pieds.
Avons repris la route en nous gorgeant du paysage fabuleux.
Avons fait un petit arrêt pour visiter un temple avec un immense bouddha qui semblait veiller sur toute la vallée et repris la route vers Leh.
En espérant y arriver entières.
Dans un savant mélange d'auto-tamponneuse et du Goliath façon la Ronde.

Suis certaine que la femme de Gompa allume un lampion tous les matins en espérant le revoir vivant en revenant du travail.

(...)

Départ pour Manali demain.
Deux jours pour s'y rendre.
20 heures de trajet.
Parait que la route est pire.











vendredi 24 juillet 2015

Smile is the only tax free item

C'est peut-être parce que c'était étrange de nous voir.
Ou qu'il n'y avait que des camions et des militaires sur la route.
Ou des motos version testostérone.
Mais, aujourd'hui, tout le monde nous souriait en nous envoyant la main.


Tout le monde.

(...)

C'était, cette fois-ci, l'idée d'un couple de Suisses rencontré lors de notre trek.
Leh-Lamayuru en scootie.
120 kilomètres pour se rendre et autant pour en revenir, naturellement.
Avec un dodo sur place, c'était jouable et très séduisant pour les deux scootardes que nous sommes maintenant devenues.
Un vrai de vrai road trip.
Comme dans mes rêves.
Enfin, presque.

Pour le chemin, c'était simple, fallait suivre la route à droite en sortant de Leh.
Et tout droit ensuite.
Facile comme tout.
De toute manière, il y a comme juste une route qui passe par l'aéroport et qui, ensuite, serpente par des tas de campements militaires, à travers les montagnes.
Elle est même en relatif bon état.
Lacets, sables, roches, bouette et multiples croisements de camions dans des tournants étroits.
Mais, bon, c'est le Ladakh.
Si je voulais rouler sur la 20, je ne serais pas ici, disons.

Nous sommes donc parties, Catherine et moi, avec un sac pour une nuit, deux casques et un scootie Honda presque neuf.
On était excitées comme deux gamines qui s'en allaient faire un mauvais coup.


(..)

Sur la route, presque personne au fait.
Nous roulions seules.
Entourées de montagnes.
Tout le temps des montagnes.
Et du désert de roches.
La route est la seule route qui relie Leh et Kargil, l'autre ville importante du Ladakh.
Entre ça, il n'y a rien...ou pas grand chose.
Le Ladakh est une région vide et solitaire.
Des fois, on croisait des gros camions qui nous envoyaient gentiment de la boucane noire dans les yeux.
Des fois, des motos.
Deux fois des vélos (respect profond pour ceux qui pédalaient).
Et surtout, nous croisions des tas de gens sur le bord de la route qui cassaient ou déplaçaient des caillous.
Des métiers de misère.
Du travail de fourmis.
Des forçats modernes.
Ni plus, ni moins.
Des femmes, des enfants et des hommes en guenilles qui trimaient au soleil pour tenter de gagner la bataille contre les parois rocheuses.
Tenter de.
Quand on sait que c'est inutile et qu'inévitablement c'est la montagne qui va gagner.
Invariablement, on ne gagne pas contre la nature.

Ce qui était le plus drôle c'était tout de même de lire les panneaux sur le bord de la route.
Je ne sais pas qui les compose mais ils sont vraiment tordants et ça a pour but d'inciter à la prudence.
Mon préféré est "be soft on my curves" et le préféré de Catherine étant "after whisky driving risky".
On a failli se rendre dans le champ plusieurs fois juste pour les prendre en photo.
On repassera pour la prudence.

Nous nous sommes rendues en 4 heures à Lamayuru.
Un village installé sur des parois rocheuses en plein coeur de ce que l'on nomme le Moonland.
Parait que c'est l'ancien fond d'un lac qui s'est évaporé suite aux prières d'un moine.
Prières ou pas, c'est impressionnant comme formation rocheuse.

On s'est trouvé un gite pour la nuit et on a fait la sieste.
Parce que bon, la route, ça fatigue vraiment!
Ça fait surtout mal aux fesses mais ça c'est une autre histoire.

Visite ensuite du monastère, souper avec vue sur le monastère et dodo tôt.
Le night life de l'Amayuru étant très restreint.
Disons.

Pluie diluvienne durant la nuit.
Naturellement, il pleut un peu dans la chambre.
Bah, ça où les insectes qui nous tombent dessus durant la nuit.
C'est un mal pour un autre.
On tasse son oreiller pour éviter les gouttes et on monte la couverture un peu plus haut sur notre tête pour éviter les coquerelles qui tombent du plafond.
Des fois.

(...)

Au matin, le scootie ne voulait plus démarrer.
Je réussi finalement à le faire partir en prenant un peu de vitesse dans une pente boueuse et chaotique.
Moi qui déteste le motocross c'est un peu ce que j'avais l'impression de faire.

Au seul croisement de la route, nous décidons Catherine et moi que la bonne route pour Leh est à gauche.
On s'en souvenait très bien, nous étions arrivées par là.
La route qui monte, qui monte et qui monte encore.
La route où personne ne va.

Là, j'avais l'impression de conduire un tracteur à gazon.
Un scootie même un Honda presque neuf, dans des côtes ça n'avance pas vraiment.

Bon, autant le dire tout de suite.
Ce n'était pas la bonne route.
C'était l'ancienne route de corniche qui nous ramenait en tournoyant vers Lamayuru.
Duh.
Mais.
C'était magnifique.
Désert.
La plus belle route du monde.
Suis certaine.

Bon, on a glissé dans de la bouette.
Mais à 20 km heure, c'était plus salissant que dangereux...et je n'étais pas trop près du bord.
Cette fois-ci.
Puis on a roulé dans deux pieds d'eau aussi.
Mais bon.
C'était le fun.
Après.

(...)

Et j'ai laissé conduire Catherine.
En décidant de faire confiance et en l'abreuvant de conseils aux 10 secondes.
Freine, klaxonne, dépasse, attention au sable, là une roche, moins près du bord, accélère...
Genre.
Je m'énervais moi-même mais fallait voir la route et avoir la foi en une certaine bonne étoile ancrée profond.
Disons.

Et, les camionneurs hilares que nous croisions.
Qui nous klaxonnaient juste pour nous envoyer la main.
Et les camions remplis de soldat qui se poussaient du coude pour mieux nous regarder.
Et les gens sur le bord de la route qui s'arrêtaient de peiner pour nous saluer.

Faut dire que nous n'avons pas croisé beaucoup d'équipage comme le nôtre.
Deux filles sur un scootie en direction de rien.
Deux filles qui se faisaient sécher les dents en souriant à tout vent.
Et qui envoyaient la main comme des reines sur une rutilante monture.
Un scootie Honda presque neuf.

(...)

C'était sans doute étrange de nous voir.
Nous n'avions pas vraiment rapport sur cette route.
Entre les camions et les vraies motos.
Nous détonnions et nous le savions.
On se trouvait drôles.
Mais nous étions surtout certaines qu'aujourd'hui, si tout le monde nous envoyait la main c'est surtout parce que nous étions heureuses.

Et que nous avions décidé que, nous aussi, nous allions sourire à tout le monde.


Parce que, comme nous l'avions lu sur un camion nous dépassant, "Smile is the only tax free item".











mercredi 22 juillet 2015

All is well pareil

Il pleuvait.
Dehors et aussi dans la chambre avec le plafond qui dégoutait d'un peu partout.
C'était un temps moche et l'ambiance était vraiment morose.
Vraiment.
Nous espérions un coin tranquille pour nous poser un peu et nous avions fait des kilomètres d'autobus pour ne trouver qu'un village poussiéreux et glauque.
La Birmanie nous rentrait dedans solide.
5 mois que nous étions en cavale.
C'était décembre, le temps des fêtes.
Dans ce village perdu, sur le bord d'une route principale, nous attendions que le temps passe ou encore de trouver une meilleure idée pour aller se faire voir ailleurs.
En attendant, nous stagnions.
De partout.

Et si on écoutait un film indien?
Toujours bon pour le moral ça, un film indien.
Et c'est ce que nous avons fait en regardant le film "Les trois idiots".
Et nous avons ri.
Beaucoup.
Un comfort movie.
Et dans la chambre, il faisait un peu moins sombre, tout d'un coup.

La dernière scène nous projettait dans un décor fabuleux.
Sur le bord d'un lac de montagne d'un bleu hallucinant.
Un miroir sorti de la terre.
Catherine et moi, on s'était regardées.
On va aller là un jour.
On ne sait pas c'est où, on ne sait pas quand, mais c'est certain qu'on y sera.

Un jour.


(...)

Nous sommes partis tôt, dans une camionette que nous partagions avec deux jeunes soeurs australiennes, un jeune israélien (le Ladakh est peuplé de jeunes israéliens qui voyagent quelques mois après leur service militaire obligatoire et qui en profitent pour se geler solidement) et un touriste indien ingénieur (l'Inde est peuplée d'ingénieurs, pour vrai, c'est hallucinant! ils sont TOUS ingénieurs).

Cela prend plus de 5 heures de route pour couvrir les 100 kilomètres qui nous séparent du lac Pangong, avec un passage à 5300 mètres d'altitude.
La route est sinueuse, étroite, détruite à 80%, sableuse, cabossée et on se fait brasser la cage pas mal.
Vraiment pas mal.
Genre la machine à laver à spin.
Pendant 5 heures.

Mais, c'est sympathique à bord.
David a mis du jazz dans la voiture et c'est tout de même un peu étrange comme mélange culturel.
Disons que ça ne fitte pas pantoute mais que ce n'est pas très grave.
On jase et on s'entend bien.

Il fait gris par contre.

Notre première impression du lac est...disons ordinaire.
C'est beau, certes, mais...serions-nous blasées?
L'indien dans la voiture pleurait presque de joie en disant que c'était la plus belle vue qu'il avait jamais vu de sa vie.
Pense pas qu'il ait déjà été en Suisse.

Catherine et moi on se disait qu'ils avaient été vraiment bons, avec les effets spéciaux, dans le film.
Nous nous sommes demandées, surtout, comment ils avaient faits pour couper toute la scrap autour du lac.
Remarque, elle n'existait peut-être pas avant?

On s'entend, le lac est magnifique.
Entouré de montagnes, bleu ciel.
Immense.
Avec les sommets enneigés, la pierre.
Un miroir pour vrai.
Mais, même s'il y a très peu d'habitations autour, lorsqu'il y en a c'est laid.
Très.
À croire qu'ils le font exprès.
Un mélange de ruines, de constructions à moitiés finies, de vidanges, de tôles, de n'importe quoi.

Et cette envie qui me tiraille d'organiser tout ça.
Les poubelles à une place, on va faire un vrai chemin, on va finir les maisons, on va cacher les génératrices, on va dégager la vue, on va couvrir les toilettes, on va uniformiser les affiches, on va laisser quelques arbres, on va ramasser la roche, on va interdire les cabanes en plywood et les bâches en plastique.
Ma génétique suisse, ici, souffre.

Avec l'Indien et l'Israélien nous avons joué la plus "belle" chambre à pile ou face.
Catherine et moi avons gagné la belle vue sur le lac, certes, mais sur le reste aussi.
Deux murs de vue sur de la roche, des sacs de sables, des fils électriques, des maisons en ruines et...le lac au-dessus.
Tout de même.

Nous avons marché longtemps, avant le souper, le long du lac.
Le plus intéressant étant de voir tous ces Indiens en vacances et qui viennent ici en moto pour se faire prendre en photo.
Postures bollywoodiennes en prime, c'est tordant.
Sont habillés comme s'il faisait -40.
J'imagine que c'était de mise dans le forfait "escapade à la montagne".

(...)

Après souper, nous avons sorti les cartes.
Décidément, ça va finir par devenir une habitude.
Nous avons joué avec David et un couple de wallons.
Au trou-de-cul style internationnal avec un savant mélange des règles de tout le monde.
Ça nous a pris un bon 10 minutes à compiler des réglements mais après, ça a été comme sur des roulettes.
Sans toutefois réussir à battre l'israélien qui a joué, il parait, pas mal aux cartes dans la bande de Gaza, entres autres occupations.
Well.

Demain, on va tenter de se réconcillier avec le lac
Notre indien extatique qui ne se peut plus a même demandé à notre chauffeur de nous amener plus loin, demain matin.
Vers un lieu sans habitation.

On va peut-être se réconcillier pour de vrai

(...)

Naturellement.
C'était magnifique.

Nous avons roulé 10 kilomètres vers la Chine (la majeure partie du lac se trouvant en territoire chinois) et, loin de l'empreinte de l'homme, le lac retrouvait toute sa splendeur.
Unique.
Solitaire.
Un joyau serti de montagne.
Doux.
Harmonieux.

Et nous y avons passé 3 heures.
À ne rien faire de plus que jouer dans le sable, prendre des photos, contempler toutes les couleurs du ciel se réflétant dans l'eau.
Les motards indiens avaient disparu, ne restait que nous six et le lac.
Avec cette envie de calme qui nous habitait tous.
Contemplatifs.
Impossible de toute manière de faire autrement.




(...)

Et il a fallu rentrer.
Un orage grondait dans les montagnes.
Sur la route, la pluie s'est mise à tomber.
Des trombes.
Dans un pays fait de terre et de pierre, la pluie est une arme de destruction massive.
Les routes deviennent des rivières, des cloaques.
Tout semble se lessiver et se diluer dans la même démocratisation boueuse.
Tout ce brun qui englue, même les voitures.

Et, cette certitude qu'il faudra ensuite tout refaire.
Reconstruire, recommencer.

Dans ce pays, il faut cultiver le fatalisme et la patience.
Les routes qui disparaissent ou qui s'effondrent.
L'internet qui coupe pour des semaines.
L'eau qui manque.
L'électricité aléatoire.
Les chemins qui n'existent plus.
Les ponts emportés.
Les terrains qui glissent.

Refaire.
Inlassablement.

L'enfer de Sysiphe.

Impressionnant, tout de même.

Nous sommes rentrées, crevées.
Les os en petites miettes et transies.
Avec cette impression d'avoir survécu à quelque chose, sans trop savoir ce que c'est vraiment.
L'ordinaire ladakhi sans doute.





.










L'art de se divertir

La montagne ce n'est jamais si simple.
N'importe quel trek peut prendre une tournure étrange en quelques secondes, ou moins.
Suffit de pas grand chose.

Pour nous, il a fallu le passage d'une rivière.
D'un saut par dessus et d'une mauvaise réception pour que Catherine se blesse à une jambe.
Plus capable de marcher dessus.
Ou presque.
Au milieu de nulle part avec encore 4 heures de marche pour se rendre dans un village de 3 maisons sans eau, sans électricité, sans téléphone.
Il a fallu penser vite.
Et regarder rapidement les différentes options.

Reprendre la route, lentement, en clopinant.
Là, nous avions malheureusement zéro autre option.
Getso s'est chargé du sac de Catherine, un autre guide lui a fourni un baton de marche et j'ai laissé tombé l'idée de rester les pieds au sec.
Nous avions encore des dizaines de traversés de rivières qui nous attendaient.

Selon le plan initial, nous dormions encore une nuit sur la route et, demain, nous avions une petite heure de marche avant de rejoindre notre transport pour Leh.
Ne sachant pas trop si Catherine pourrait clopiner demain, ne voulant pas nécessairement attendre pour rejoindre Leh et éventuellement un hopital si besoin est, nous avons opté pour rejoindre, si possible, Leh dès ce soir, quitte à marcher plus longtemps aujourd'hui.

Après 1 heures de marche plutôt lente nous avons atteint une tente, un "hotel" comme disait Getso.
Et, l'option cheval est alors apparue.

Fallait voir la face de Catherine quand nous lui avons amené le cheval blanc avec la petite clochette au cou.
Elle qui s'était toujours plaint d'être la seule de la famille à n'avoir jamais fait d'équitation.
La pauvre enfant!
Et la voilà.
Sur un cheval, sans selle, au coeur du Ladakh, à franchir des rivières et des torrents.
Dans un décor bucolique.
Une vraie princesse qui a souri tout le long du trajet.
Trop heureuse.
Même si je l'ai prévenue qu'elle aurait probablement, demain, plus mal aux fesses qu'à sa jambe!
Après ça, l'équitation à St-Lazarre va sembler, sans doute, un peu fade.

J'étais tout de même inquiète.
Mes enfants, depuis deux ans, ayant le don de se casser des jambes.
Puis une jambe estropiée, en voyage, il y a mieux comme idée.
Enfin, une chose à la fois.
Un souci à la fois.

Nous avons vraiment bien marché, Getso et moi.
Pas le choix, il fallait se rendre.
Je niaisais un peu Getso en lui demandant, de temps en temps, s'il avait besoin de prendre des pauses, sur la route.
-No, and you madam?
-Ben non, Getso.

Nous sommes finalement arrivés au gros village final (5 maisons à la place de 3).
Pas trop certain de trouver un transport pour aujourd'hui mais au pire, demain matin, nous avions une voiture qui venait nous prendre.

Nous avons finalement trouvé, à partir du village, un transport pour Leh.
Et deux heures plus tard nous étions de retour à notre homestay.
En nous sentant un peu chez nous, avec les enfants super contents de nous voir arriver.
Juley, juley (bonjour, bonjour).

Dire que les gens ici sont gentils serait un euphémisme.
Les gens ici sont ultra  ultra gentils.
Presque trop.
Fallait voir la grand-mère autour de Catherine.
Un peu plus et elle lui léchait la jambe en pleurant.

Nous avons pris une douche chaude, la première après 5 jours.
Joie et bonheur.
Et sommes allés à l'hopital avec Norboo.
Et ce fut.

Fascinant.

Dans la pièce, à gauche, en entrant dans l'hopital, c'était le triage, enfin un truc du genre.
Une gang de gens assis à faire je ne sais trop quoi dans un décor incroyable.
Des bacs avec des seringues sales, des bacs avec des médicaments en vrac, des gros oignons verts sur un lit, des rideaux en ruine.
Au fait, tout était en ruine.
Pour 10 sous, tu avais en main ton papier pour aller consulter le médecin.
La caisse, c'était une vieille boite de biscuits en métal rouillé.

Plus loin.
Une autre salle avec du monde dedans et deux personnes avec des stétoscopes dans le cou.
Les médecins, sans doute.
Enfin, j'imaginais que c'était ça.

Après 5 minutes d'attente, c'est notre tour.
Le gars tâte la jambe de Catherine.
Ce n'est pas brisé qu'il me dit sinon ça ferait plus mal.

Mais bon, tu as l'air fatigante alors je vais faire passer des rayons x à ta fille pour que tu arrêtes de m'énerver. (traduction libre)
Et ça va te coûter 40 roupies (80 sous).
Je prends un reçu pour mes assurances?

Les rayons x c'est dans l'autre bâtiment en haut.
Le neuf.
Vide et non éclairé.
Nous sommes seules devant la porte inscrit "rayon x" à la main.
Dans le noir.
On se croirait les dernières survivantes après une sale guerre atomique.
Truc du genre.

Un gars arrive de l'extérieur.
C'est peut-être le concierge ou le cireur de soulier ou un passant qui ne savait pas trop quoi faire, mais il ouvre la porte et nous dit qu'il va faire passer la radiographie.
Il ouvre la lumière, prend notre papier.
Il installe Catherine sur le lit.
Je décide de sortir durant la prise des rayons, mais le gars et Norboo (toujours avec nous) ne semblent pas faire grand cas de rester là.

5 minutes plus tard le gars ressort avec la radiographie encore mouillée et qu'il tient dans un coin pour la faire sécher plus vite.

Tout est beau, qu'il me dit, mais tu peux retourner voir le médecin pour une seconde opinion car, honnêtement, tu ne sembles pas me croire et tu es fatigante (traduction libre).

Je retourne voir le médecin.
Naturellement.

Je lui demande s'il est certain que le petit truc que je vois ce n'est pas une cassure.
Il me dit que non.
Non?
Non.
Non?
Non!
Du repos, des médicaments pour la douleur et surélever la jambe pour la nuit.
Et le voilà qui est en train de me dessiner une jambe avec des oreillers en dessous.

Ok, ça va que je lui dis, j'ai peut-être l'air anxieuse et un peu fatigante mais suis pas tant épaisse. (traduction libre).

Bon.

On va dire.

Tout de même.
C'est un hopital de tiers-monde, mais en moins d'une heure et pour moins d'un dollar, on semble avoir vu un médecin et un...radiologiste?
Sort off.

Catherine pourra garder la photo de sa jambe comme un magnifique souvenir de Leh.
On va donner des Advil, on va surélever la jambe, on va trouver des béquilles si besoin (je dois convaincre Norboo que ce n'est pas nécessaire de lui en gosser une paire en bois) et on verra au retour, si nécessaire.

Pour le moment, nous n'avions rien prévu de toute manière comme marche trop exigeante.
Nos prochaines activités se faisant en voiture.

Et, on va en profiter pour relouer un scootie pour quelques jours.

Comme ça, Catherine pourra continuer de faire la princesse sur une quelconque monture.

P.S: Catherine était tout de même un tantinet déçue, elle avait vraiment super envie d'un gros plâtre pour que les enfants puissent écrire dessus en ladakhi.
Full de cool, il parait.
Pfff.




Miettes de trek 3

Catherine a mal à la tête.
Depuis hier.
Nous sommes à 4900 mètres.
Suis un peu inquiète, naturellement.
Je sens tout le poids d'être le seul parent responsable de service.
Difficile de ne pouvoir partager ce genre de souci avec un autre.
Tylénols, repos et eau.
Pas d'autres options pour l'instant.

(...)

"Maman, ça sent l'assouplisseur à lessive."
Nous sommes entourées de montagnes vertigineuses.
Un glacier qui se dresse juste devant nous.
Un petit étang, une rivière qui coule.
Des fleurs partout.
C'est bucolique comme c'est pas permis de l'être.
Bravo les compagnies de lessive pour avoir été capable de reproduire dans une bouteille l'odeur qui se trouvait ici.
Fraiche odeur de Ladakh.

(...)

Nous dormons sous la tente pour un soir.
Le dernier soir avant de franchir, demain, le plus haut col à 5200 mètres.
C'est magnifique.
Presque trop.

(...)
   
"Maman, c'est fou de réaliser que l'on a pas d'autre choix que de continuer.
Que même si ça ne nous tente plus, que c'est dur, on doit aller de l'avant.
On est au milieu de nulle part, il y a autant de route avant, qu'après.
Il n'existe aucune autre solution et se plaindre ne sert à rien."

Ouais, c'est ça le plus grand apprentissage ici.
Avancer même si ça ne nous tente plus.

(...)

Monter vers le sommet.
C'est une dure montée par la force du dénivelé et il faut reprendre son souffle souvent.
Nous sommes à 5000 mètres tout de même.

En dépassant deux groupes de marcheur, mon guide me dit:
"Since the second day of the trek, I notice that you're a good walker, madam"

Si tu savais Getso comme ce commentaire m'a fait du bien.
Parce que la madame elle avait juste envie d'arrêter drette là, dans la pente.
Je pensais à Catherine qui m'avait dit ce matin que si elle avait eu droit à un seul don de téléportation, c'est aujourd'hui qu'elle l'aurait utilisé.

J'ai continué à marcher parce qu'en plus d'être une bonne marcheuse, suis une tête de mule.
Une vraie.
Je marche à l'orgueil, la plupart du temps.

(...)

C'était magnifique.
Le col.
En haut.
5200 mètres sous un ciel dégagé.
La plus belle vue de montagnes de toute ma vie.
À perte de vue, des milliers de sommets.

J'ai pleuré, naturellement.
De voir les autres marcheurs arriver et se serrer dans leurs bras.
Contents de s'être rendus.
Les drapeaux de prières au vent, les photos de groupe, les applaudissements pour ceux qui arrivaient si péniblement.
Nous avons retrouvé notre rigolo couple de Suisse qui prenait leur mascotte en photo, nos jeunes israéliens qui nous ont offert des raisins secs, un groupe de québécois de Terra aventure qui voyageaient avec des tas de chevaux, cet australien blanc comme un drap atteint du mal de l'altitude et qui ne pensait jamais se rendre, cette famille d'indiens de Californie...
Cette ambiance si rassembleuse du sommet, cette connivence entre ceux qui y sont et qui savent ce que cela représente.
D'y être.
Cette certitude d'avoir pleinement mérité ce moment.
Et de n'avoir pu le vivre qu'après avoir autant sué.

(...)

Prendre le temps de savourer avant de redescendre.
S'allonger au soleil du sommet.
Regarder jusqu'à ne plus voir.

Savoir déjà que nous aurons envie de remonter.
Un jour.
Toujours.

Encore une fois, cette envie de montagne comme une drogue.
Avec ce besoin d'avoir régulièrement sa dose.
Son fix.

(...)

Et, nous étions contentes.
Naturellement.
Nous le savions.






Miettes de trek 2

Visite du monastère du coin.
Perché sur un rocher, naturellement.
Il y a juste ça de la roche ici,
Des lambeaux de fresques de plus de 700 ans et que je pourrais effriter d'un doigt.

(...)

Entrer dans la cuisine.
S'assoir avec les deux femmes qui préparaient des momos.
Parce que la cuisine c'est toujours le meilleur spot.
Partout.
La plus jeune parle bien anglais et se marie le mois prochain.
-Excitée?
-oui
Elle s'en va ensuite vivre avec sa belle-mère.
-Ça te fait peur?
-oui, je suis un peu confuse avec ma vie, madame.
-Et vous, vous n'avez pas de mari, madame?
-J'en ai déjà eu un, pendant longtemps, j'ai maintenant la chance de m'en trouver un deuxième et un troisième et même, peut-être un quatrième.

Celle qui parlait anglais a traduit à l'autre.
Regard de connivence entre nous trois.
Envieuses de ma liberté?
Je ne sais pas.
Choses certaines, elles savaient.
Comme seules les femmes savent.
Et sa main qu'elle m'a tendue pour que je tape dedans.


(...)

Rencontrer trois jeunes israéliens.
Sont jeunes, sont beaux, sont en forme.
Un qui transporte une guitare et l'autre son nécessaire pour faire du café.
Sur un petit réchaud.
M'en faire offrir une tasse.
L'accepter parce que c'était une trop belle offre.
Au milieu de nulle part.
Ce café dans ce petit gobelet en métal.

(...)

Trouver sa fille vraiment forte.
De se lever en plein milieu de la nuit et d'aller sous la pluie, dans la boue, au fond du jardin, rejoindre le trou qui sert de toilette.
À la lumière de son ipod.
Puis revenir et me dire "je savais que ce n'était pas une bonne idée d'éclairer par terre, c'est plein de coquerelles".
Et de se recoucher aussi sec.

Vraiment pas une chochotte.

(...)

"T'es dont ben jolie.
Comment tu fais pour être jolie comme ça en marchant sur un sentier?"

Sans doute le plus beau compliment spontané que l'on m'a fait de toute ma vie.
Surtout de la part de ma fille.
Qui complimente peu.
Merci encore.
Il m'a fait chaud au coeur pendant bien des kilomètres.

(...)

Traverser des rivières bouillonnantes.
Des tas de fois.
Devoir enlever ses souliers et relever ses pantalons.
Faire attention car le courant est fort.
L'eau glacée qui saisit.
Il pleut.
Ce pourrait être misérable mais ça ne l'est pas.
C'est juste vraiment le fun.


(..)

Croiser plusieurs fois un sud-coréen sur la route.
Il marche seul.
Complètement gelé la plupart du temps.
Il dort dans la même homestay que nous.
Il me propose de fumer avec lui.
Dans cette cuisine, à 4000 mètres, avec notre guide, ils sont en train de se rouler quelques joints.
Parait que c'est du très bon stock acheté un peu plus bas, ça rend l'esprit very clear de me certifier Won (le sud-coréen).
Je décline.
Je ne me sentais pas vraiment l'intrépidité de fumer je ne sais trop quoi, avec je ne sais trop qui, dans un lieu complètement isolé de tout, avec ma fille à côté.
J'ai souri en pensant à tous ceux qui auraient dit oui.
J'ai vieilli.
Je sais.


(...)

Apprendre à jouer au trou de cul à un sud-coréen à moitié stone et à un guide ladakhi.
Dans une cuisine sombre avec un chat qui rentrait dans la petite trappe derrière le poele pour aller s'y réchauffer.
Pendant que le pain pour demain se cuisait sur le rond.
Les cartes, c'est toujours rassembleur.
Peu importe la langue, peu importe la provenance.
Tout le monde joue aux cartes.
Même moi, de temps en temps.

(...)

Laver son linge et prendre sa douche.
Des trucs simples qui, ici, ne le sont pas vraiment.
Pomper l'eau de la fontaine.
Se laver avec un seau après avoir fait chauffer de l'eau dans une bouilloire au soleil.
Meilleure douche ever de dire Catherine.
Faut vraiment pas être précieuse.
Ni regardante sur l'hygiène.
Et toutes ces coquerelles, la nuit.
Et que l'on retrouve flottantes dans l'eau de notre lessive.
Ouais, faut pas trop y penser.

(...)

Et j'y suis rentrée comme on entre dans une église.
Comme dans un monastère.
Un sanctuaire.
Toujours un peu émue.
Avec recueillement j'ai regardé les dessins d'enfants, la grille horaire de la journée, les comptines affichées sur le mur.
Toujours un peu pareil, partout.
J'ai contemplé toute la vie qui suintait de cette école.
Avec cette pensée toute particulière vers les enseignants d'ici.
Qui font le plus beau métier.
Éduquer pour faire avancer le monde.
Et d'avoir remarqué, plus bas sur le sentier, qu'il cherchait des volontaires dans l'école de l'autre village.
Se prendre à rêver.

(...)